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ISLAM POSTMODERNE








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mercredi 18 juillet 2012

Un islam postmoderne 3

Un islam postmoderne dans la Tunisie du Coup du peuple*
*Texte intégral




La Tunisie qu'on dit à la croisée des chemins est face à sa destinée. L'Histoire y fait la pause, le peuple y découvre son essence. Tout se passe comme si, au miroir de la destinée, le Tunisien se mire, s'admire ou se déteste, mais ne sait se contenter de ce qu'il voit, cherchant à savoir ce qui peut bien se passer derrière, sa prescience lui faisant deviner qu'il s'agit d'un miroir sans tain. Aussi, comme en sociologie compréhensive où l'on est attentif à l’herbe qui pousse, même si c’est à bas bruit, le défi d'un tel moment historique est de réussir à écouter le murmure de la sagesse populaire, saisir les augures accompagnant l'instant éternel et éphémère de l'épiphanie du génie d'une terre riche de l'âme de son peuple, une intelligence originale car renouvelée, jamais assoupie, une part véridique de sa nitescence d'éternité !
1/ La crise actuelle est l'avènement d'un paradigme nouveau
Certes, sans cesse on le ressasse, le pays serait en crise ! Mais la vraie crise est dans les têtes, n'existant qu'à travers des catégories et des concepts auxquels notre pensée donne réalité et consistance. Qu'est-ce la crise, sinon la projection de nos peurs et nos angoisses suite à nos conditionnements idéologiques, nos paradigmes mentaux ?
Étymologiquement, la crise (crisis) est le jugement. C'est le regard critique porté sur de grandes valeurs qui s'écroulent, bousculées par de nouvelles qui émergent. Se focaliser sur la crise, c'est se situer en amont d'un processus en cours, inévitable et irrépressible, en faire donc un constat incomplet.
Rendre moins compte de la société encore officielle, mais en train de disparaître, que de la nouvelle qui la chahute, bien que toujours officieuse, nécessite de ne pas se situer par rapport aux valeurs périmées, mais du côté des nouvelles, la future vérité. En sociologie, M. Maffesoli, l'icône actuelle de la science sociale ci-dessus spécifiée, a pu ainsi soutenir que l'anomique d'aujourd'hui est le canonique de demain.
En Tunisie, aujourd'hui, une recomposition est à l’œuvre dans tous les plis de la société; gestation douloureuse, elle augure d'une belle naissance. Une ancienne vie y continue, mais structurée autour de nouvelles valeurs, l'ensemble l'étant encore en pointillé. Il s'agit d'une situation qui évolue entre la fin d'un cycle et le début d'un autre; c'est la fin des valeurs anciennes et le passage à de nouvelles valeurs. C'est sa crise qui n'est rien d'autre qu'un changement de paradigmes, avec saturation des anciens et avènement de paradigmes de rechange.
Depuis Michel Foucault, on utilise la notion d'épistémè pour désigner les grands paradigmes d'une époque et qui représentent la façon d'être et la connaissance que l'on a de soi puisque, ce rapport constant entre le fait de dire et le fait d'être. Ainsi, parlant d'islam, et suivant la manière dont on l'a raconté jusqu'ici et la conception qu'on en a eue durant les siècles passés, l'épistémè dominante a été une certaine théologie. Or, cette conception théologique est aussi arrivée à saturation, en Tunisie pour le moins.
Pareille rupture n'est pas propre à la Tunisie, cependant, puisque la crise est mondiale. En Occident, elle est le jugement critique fait aux trois derniers siècles écoulés de la modernité technologique. En Orient, c'est la remise en cause des six derniers siècles de l'histoire arabe musulmane depuis la chute de Grenade, chant du cygne de l'islam des Lumières.
La remise en cause généralisée de la manière d’être et de penser à la faveur de la postmodernité n'est donc pas propre à l'Occident qui fait le procès de sa modernité technologique; l'Orient est aussi concerné dans sa façon habituelle de voir et de vivre l'islam.
Or, cela a commencé par se localiser en Tunisie qui est la première à chercher à renouer, à la faveur de son « Coup du peuple », sa révolution originale, avec ce que j'appelle la « rétromodernité » de l'islam, soit sa modernité d'avant la modernité occidentale, une modernité par anticipation qui a autorisé sa riche culture et sa civilisation brillante.
On est donc à ce moment crucial où une épistémè est en train de s'achever pour que naisse autre chose : c'est la fin d'un monde, la fin d'un cycle et la naissance d'un autre. C'est la saturation de l'épistémè de la théologie traditionaliste en Tunisie et l'annonce de l’émergence d’une nouvelle épistémè.
Qualifiant autrement cette crise, nous dirons qu'elle correspond à ce moment historique où on n’a plus conscience de ce que l’on est, on n’a plus confiance dans les valeurs d'antan, on vit une sorte de crise existentielle non seulement à l'échelle des individus, mais bien plus largement au niveau de toute la société, à l'échelle sociétale.
2/ Retour de la spiritualité et loi des frères
Toutes les valeurs d'antan, y compris celles qui étaient fécondes, innovantes à un moment, rationnelles ou semblant l'être, toute la manière de comprendre le monde et de se comprendre est par conséquent devenue inféconde, inacceptable. C'est l'imaginaire qui ne colle plus à la réalité ou encore celle-ci qui ne traduit plus cet imaginaire. Pour parler en termes biologiques, usant de l'expression de Thomas Kuhn utilisée pour l'Histoire des sciences, il y a comme un changement de matrice, celle ayant donné la vie étant devenue inféconde, nécessitant une autre qui soit féconde, plus appropriée à la vie d'aujourd'hui.
Relativement à la religion et plus généralement à la spiritualité dans le monde, notamment en leur manifestation musulmane, on réalise, qu'au-delà des apparences trompeuses, le nouveau paradigme est assis sur cette vision originale du monde issue de la révolution connue par la pensée humaine  au siècle dernier ayant généré une représentation humaine nouvelle de la réalité, la prodigieuse évolution des sciences, leurs applications technologiques et informatiques notamment, n'ayant pas manqué d'avoir d'indéniables implications métaphysiques.
Ainsi, l’univers scientifique ayant abandonné sa prétention à la certitude de tout expliquer, admettant ses limites, reconnaissant que le fond des choses lui échappe, que le « Réel en soi » est voilé, laisse place à la dimension de l’observateur, le sujet humble qui est aussi le croyant, comprenant l'orant musulman, qui reprend alors et à loisir l'interrogation humaine qui n'a jamais cessé sur la place de l’homme dans l’univers.
Aujourd'hui, une des marques de l'ère postmoderne que nous vivons est que la science et la spiritualité ne s'ignorent plus, se retrouvant à dialoguer au lieu de s’exclure comme avant, élargissant ensemble le champ de la connaissance. C'est qu'à la faveur des acquis incontestables des neurosciences, les interrogations humanistes reviennent en force. Ce qui avait été éloquemment exprimé par ce qu'on qualifiait naguère d'extases mystiques, comme le rapport entre le cerveau et la conscience, savoir si la matière est tout et si la conscience est le pur produit du cerveau ou si elle le modèle, revient sous la forme de questions lancinantes aujourd'hui scientifiquement examinées sous des vocables divers comme l’intelligence artificielle, l’homme bionique, l’homme augmenté, le posthumanisme; toutes ces questions sonnant définitivement le glas de l'homme unidimensionnel et annonçant pour d'aucuns l'homme spiritualisé.
En Tunisie, cet homme spiritualisé est voulu, à la faveur de la crise actuelle, comme devant être l'homme islamisé. De fait, en notre société actuelle, la loi des frères est en train de remplacer celle du père, que ce père soit Dieu ou l'État tutélaire. En effet, à la faveur de la postmodernité, on est passé d'un ordre surplombant, transcendant, à un ordre horizontal, immanent. Et l'institué, qu'il soit l'État ou Dieu, est remis en cause par l'instituant, qu'est le peuple.
Cette fraternité, on le voit d'ailleurs déjà dans nos rues, est joyeuse, effervescente, émotive, créative et créatrice. Aussi, si cette fraternité sociétale s'annonce musulmane en notre pays, et elle l'est pour sûr, c'est sans avoir rien de commun avec celle des frères d'Orient; car il s'agit d'une fraternité ouverte à l'étranger, tolérante et hospitalière, y compris pour qui est différent du moment qu'il se présente en frère et non en ennemi.
3/ L'ère des foules et le coup du peuple en Tunisie :
C'est qu'une des autres caractéristiques de la postmodernité est d'être régie, après la figure emblématique de Prométhée, par celle de Dionysos. Nous vivons dans une ère dionysiaque dont une sociologie orgiaque permet de comprendre les ressorts.[i] Et on annonce même pour demain l'avènement de l'homo eroticus.[ii]
Or, n'a-t-il pas déjà existé en terre d'islam? Le carpe diem occidental si bien connu n'a-t-il pas déjà été célébré en islam, ayant même été aussi un carpe noctem, propice tout à la fois à la piété qu'à la grivoiserie en un mixte postmoderne à l'avance, ou plus exactement rétromoderne ? Il suffit pour cela, pour les badins, de relire les fameuses Mille et une nuits et, pour les pieux, de rappeler la valeur de la nuit dans les actes de foi.  
Aussi, reprenant l'analyse de Piotr Sorokin, qui l'applique aux grandes œuvres de la culture pour la juste interprétation de nos sociétés actuelles, je dirais que bien plus qu'en direction d'une spiritualité pure, le balancier de l'histoire, après avoir oscillé du côté rationaliste, prend davantage la direction sensualiste. Ce balancement est d'ailleurs perceptible chez Walter Pater en histoire de l'art et bien évidemment en philosophie chez Nietzsche et en sociologie chez Karl Mannheim.  
D'ailleurs, et c'est ce qui nous importe ici, pareille sensualité est bien prégnante en Tunisie dans l'ère des foules[iii] que nous vivons, pour reprendre l'expression de Gustave Le Bon dont le livre est un classique des sciences sociales et qui, bien que publié en 1895, reste d'actualité. Or, cette ère des foules est aussi, à la base, une ère des tribus, comme le démontre la résurgence de ce qu'on croyait relever du passé en termes de chauvinisme tribal. Il s'agit, en l'occurrence, d'un complexus de tribus,[iv] réelles comme virtuelles et, dans ce dernier cas, vivant à travers Internet une véritable alchimie du partage, un mariage d'amour.
Or, comme pour ceux qui ne regardent cette ère des foules qu'à la surface, la prenant pour pagaille et crise, ceux qui y voient un retour en force d'une religiosité classique se trompent. Pour qui lit dans la centralité souterraine des socialités postmodernes, il s'agit tout autant d'un ordre nouveau, bien meilleur que l'ancien, se mettant en place autour de valeurs nouvelles, que d'une spiritualité originale, un divin plutôt social que purement cultuel.
En Tunisie, le divin n’est plus à chercher dans l'empyrée traditionnel, lointain et inaccessible, mais bien dans la vie de tous les jours, l'actuel et le quotidien du Tunisien. L’imaginaire dans lequel baigne la socialité islamique se vit au jour le jour, dans la banalité ordinaire, qui est tout sauf banale, car « hors-dinaire » !
Car tout comme avec la saturation des grandes valeurs ayant marqué la modernité occidentale, les valeurs intégristes censées être musulmanes ne marchent plus. Une manière d'être et de penser touche à sa fin par rapport à l'islam qui reste une valeur cardinale en Tunisie, les jeunes générations aspirant à bien vivre avec les autres, ici et maintenant, pour peu que les autres, Occidentaux et Occidentalisés, ne les rejettent pas !
Aussi, en Tunisie, la loi des frères sociologique ne saurait être celle des frères musulmans d'antan ne serait-ce que du fait qu'il y eut, au début, le fameux «Coup du peuple » tunisien. C'est qu'il s'agit d'une révolution sui generis, qualifiée de 2.0, enracinée dans le peuple et pilotée par des jeunes en symbiose avec le monde, notamment virtuel. C'est le peuple, surtout ses jeunes, qui ont renversé la dictature, ouvrant la voie aux politiques, dont aujourd'hui ceux du parti islamique.
Et c'est ce coup révolutionnaire du peuple qui incarnera durablement en Tunisie l'ère des foules, l'épiphanisant en quelque sorte en un ordre amoureux, un « ordo amoris islamicus», le même que les soufis ont chanté et chantent encore.  
En montrant le chemin à ses élites avec sa révolution originale, le peuple tunisien n'a pas fini de marquer et les esprits et les événements. Car, il a braqué les projecteurs de l'histoire sur cette ère des foules en une Tunisie qui est désormais cette Pangée[v] d'une nouvelle ère primaire de l'humanité.
4/ L'islam au vrai est un islam postmoderne :
  Comme le rappelait Sorin Kierkegaard, « les concepts, comme les individus, ont leurs histoires et sont tout aussi incapables de résister aux ravages du temps que ne le sont les individus ». Or, il est de nos jours des mots creux et des expressions qui continuent à obnubiler les esprits sans que cela recouvre désormais un quelconque sens, juste un mythe pour tromper. C'est le cas de ce dont on parle volontiers comme devant être un islam du milieu dans une conception centriste et modérée
Pareil concept ne recouvre que du vide et relève de l'ordre de l'ineptie, étant même l'argument ad hominem (contre l'homme) par excellence pour ses tenants qui en usent afin de démontrer leur ouverture en matière religieuse et qui ne font alors que manifester leur fermeture idéologique.
Qu'est-ce à dire, en l'occurrence, sinon qu'il s'agit d'une conception supposée idéale, située entre deux extrêmes ? Car si l'on s'accorde sur le fait que l'une des extrémités est l'extrémisme intégriste, la face noire de l'islam, que serait l'autre face opposée sinon une face lumineuse, donc un islam parfaitement tolérant et ouvert ?
Pourtant, tout en vantant les mérites de sa conception islamique censée être tolérante,  ce n'est pas de pareil islam que se réclame le parti actuellement au pouvoir ! Pour mettre les points sur les i, nous dirons que le parti de cheikh Ghannouchi est le chantre d'un islam semi-modéré, semi-tolérant et tout simplement semi-révolutionnaire.
Assurément, l'islam dit modéré n'est qu'une lecture réductrice de la richesse inouïe de notre qui fut une modernité avant la lettre et qui est toujours susceptible d'être en avance sur son temps. De fait, le pas que ne veut pas sauter le parti islamiste en Tunisie est celui que commande sa propre logique, amenant vers un islam réellement tolérant, véritablement modéré, sans fioritures logomachiques politiciennes ni arrière-pensées idéologiques, et qui serait foncièrement conforme à l'esprit originel d'un islam révolutionnaire, valable en tout temps et tout lieu, et qui est un islam postmoderne. 
Tout en rappelant ici ce que disait Nietzsche « Ce n'est pas, autour des inventeurs de fracas nouveaux, c'est autour des inventeurs de valeurs nouvelles que gravite le monde », nous affirmerons qu'il n'est même pas besoin, aujourd'hui, en Tunisie postrévolutionnaire, de chercher des valeurs nouvelles quand les nôtres le sont, bien qu'elles soient estompées par la patine des siècles et de la bêtise humaine. La nouveauté est en nous, cachée au plus profond de notre être; redonnons-lui vie ! L'islam est une nouveauté par essence, toujours d'actualité, toujours révolutionnaire. Faisons donc place à l'islam postmoderne et délaissons les chemins qui ne mènent nulle part, ceux de la politique à l'antique et de la jonglerie idéologique !
Mais que serait concrètement cet islam postmoderne? En deux mots, il sera rationaliste et universel. Il sera cette éthique esthétique, à l'opposé d'un cartésianisme réductionniste tout autant qu'un intégrisme du même acabit. Et tel esthétisme éthique ne renie ni l'un ni l'autre, le premier en intégrant dans la rationalité l'irrationalité par le biais d'une pensée contradictorielle, i. e. où les contraires ne s'opposent pas mais sont complémentaires ; et le second en y substituant un intégrisme pur qu'est le soufisme, bien plus fidèle à l'esprit vrai de la religion qu'à un texte dont la vérité ne tient pas nécessairement à une apparence pouvant, du fait de l'avanie du temps, contredire son âme. 
Et pour en donner quelques illustrations emblématiques, nous rappellerons, par exemple, que la notion de péché n'est pas musulmane, qu'elle est de tradition judéo-chrétienne. Aussi n'a-t-elle pas place dans l'islam postmoderne où ce n'est pas le péché qui compte, qui est une fixation sur la faute, mais l'action pour la réparer, donc la rémission. En effet, l'islam insiste moins sur la faute que sur la piété, car il est bien plus qu'une simple religion, étant par excellence une théodicée.
C'est ce qu'ont compris les soufis qui ont chanté mieux que quiconque l'amour islamique, cet ordo amoris que Max Scheler revendique à tort pour le christianisme. Aussi, face aux intégristes d'aujourd'hui qui ne donnent qu'une image défigurée de l'islam en singeant une morale judéo-chrétienne, l'esprit pur de l'islam tel que voulait le défendre le théoricien salafi par excellence que fut le cheikh Ibn Taymia est bien représenté par le courant soufi, celui de la vérité ainsi qu'il le qualifiait.
Pareillement, l'islam postmoderne ne se soucie pas d'apostasie ni ne condamne l'athéisme, car il est admis en islam pur que la foi musulmane, telle que définie par le Coran, est une soumission à Dieu ne devant s'imposer à quiconque que par la raison. Ainsi, aucun texte coranique ne punit l'apostasie, Dieu demeurant dans tous les cas le seul et le mieux placé pour juger des actes de ses créatures; et en cela il reste le juge suprême clément et miséricordieux.
Aussi, à l'exception du cas où il se trouverait l'objet d'attaque avérée le menaçant dans sa croyance et sa vie, le vrai musulman ne pratiquera de prosélytisme que par l'exemple, et c'est le vrai Jihad, le plus grand, celui que l'on pratique à l'égard de soi, de ses imperfections humaines! Quant au petit Jihad qui a eu besoin en son temps du glaive, s'il s'était imposé en une époque qui fut celle de la cruauté effrénée, il a été pratiqué avec des précautions de légalité absolue et une vigilance extrême quant au respect des droits de l'Homme. Rappelons encore qu'en ces âges d'obscurité, pareille thématique n'existait nulle part sinon en terre islamique.
Terminons avec l'homosensualité (terme que je recommande pour désigner celui, par trop connoté sexe, d'homosexualité), pour dire qu'elle ne fait l'objet de nul interdit explicite. En effet, contrairement à la Bible, le Coran ne comporte aucun texte clair, direct et sans nulle ambiguïté illustrant le supposé anathème jeté sur cette pratique. En l'absence de commandement direct dans le Coran la concernant, cette pratique a été et est toujours répandue dans les couches populaires et, contre toute apparence, bien admise par la mentalité arabe. En effet, le sexe est loin d'être un tabou pour l'Arabe, et il est même perçu comme un tout indissoluble, impliquant son assomption sous toutes ses formes et sans restriction, dans cette tension extrême de l'Arabe vers une liberté se vivant à l'extrême.
Pour résumer, le musulman postmoderne est donc un « mystique » bien attaché à son quotidien, liant le lointain, son ouverture au monde et la transcendance de sa foi, au plus proche, son enracinement dans sa société et ses valeurs et l'immanence de ses préoccupations sociales. Sa foi lie aussi l'Orient, non plus mythique mais poétique, et l'Occident, guère plus arrogant, mais humanisé. Et son art de vivre fait aussi le lien entre la poésie d'une éthique esthétique et la vie quotidienne élevée en oeuvre d'art.
Ainsi est-il ce croyant aux semelles de vent et au cerveau incandescent, le nouveau Prométhée, un être simplement postmoderne qui fait lumière de son inévitable part d'ombre en une face sereine et rayonnante, à jamais éclairée de ce sourire d'une figure du dehors, image d'une paix du dedans. Et la paix, n'est-elle pas le vrai islam?
Mais l'islam postmoderne est surtout cette religion qui rompt avec la pensée occidentale en ce qu'il rétablit la vraie tradition abrahamique par la synergie qu'il établit entre des éléments que la perspective occidentale avait dichotomisés.
5/ La bascule mondiale du dramatique au tragique, de l'histoire au destin
En remettant à l'honneur certains des éléments sacrifiés sur l'autel de la modernité, la  postmodernité permet de se rendre compte que l'islam, contrairement à la vision occidentaliste dont se font certains, n'est nullement anhistorique, et ce parce que l'histoire est une création sociale et qu'en islam, c'est le destin qui compte. Comme c'est le cas en Tunisie actuellement.
Effectivement, pareil moment est bien plus qu'historique, il est ce destin qui se matérialise, cet esprit fait homme, mais un homme non plus fier de sa raison, arrogant et dominateur, mais plutôt humble et conscient de sa condition modeste dans la nature.
Le destin postmoderne est de nouveau cette force mystique commandant la vie humaine individuelle et collective, la faisant dépendre d'un pouvoir transcendantal. Or, c'était le propre de la Raison dans l'ère moderne triomphante, une Raison qui, dans l'Histoire, commandait l'action et réconciliait l'Esprit avec lui-même. C'est pareille Histoire qui a cédé le pas au destin postmoderne qui n'est plus que la composante psychologique d'un fait cognitif consistant en la prise de conscience tout autant sociale que psychologique des vérités de la finitude et de l'incomplétude humaines    
En cela aussi, l'islam postmoderne rejoint la plus fine analyse sociologique actuelle insistant sur le passage du dramatique au tragique. Modèle de causalité linéaire hérité de la modernité rationaliste et positiviste, ayant pour obsession d'atteindre en tout le degré zéro de risque, soit donc un monde illusoire ne supportant pas les contradictions, l'attitude dramatique s'efface devant une posture plus réaliste relevant du domaine du tragique, reconnaissant une place, même résiduelle, aux risques, aux contradictions. C'est que faute de pouvoir évacuer ou expulser le «contradictoriel», l'homme accepte de «faire avec», assumant son incomplétude, admettant sa soumission à la nature qui le travaille et le fait bien plus qu'il ne la domine et ne la soumet.
Ce faisant, en cet état tragique, l'homme réalise son inquiétante étrangeté qui vient du fait, selon Freud, que ce qui devait rester dans l'ombre est révélé. Telle étrangeté consistant en ce basculement de l'illusion de l'Homme de la providence érigé sur un piédestal par la modernité, ayant solution pour tout, étant maître de tout, à un homme du destin s'accommodant humblement de ce qui se présente à lui et qu'il ne peut nécessairement comprendre ou expliquer. 
C'est ce qui se traduit aussi par la sortie, actuellement en cours, du discours purement rationnel issu du « contrat social » de la modernité à celui postmoderne d'un pacte émotionnel, l'atmosphère étant partout, en Tunisie comme ailleurs, en attente et sous l'effet des émotions. Le pathos étant à l'ordre du jour, nos sociétés actuelles, particulièrement en Tunisie, sont donc en phase avec l'inconscient collectif de l'humanité.
Celui-ci est fait du rêve d'un monde sans frontières où la seule patrie possible est la terre, et l'humanisme, unique patriotisme toléré dans un univers, non pas mondialisé, mais «mondianisé» (de « mondianité », néologisme que je propose pour saisir la réalité nouvelle,  remplaçant la mondialité pour mieux exprimer l'altermondialité avec l'adjonction de l'humanité au coeur même de la mondialité de demain).       
Pour résumer, nous dirons que le paysage politique, en Tunisie, est composé d'un côté de poètes, confirmés ou amateurs, mais effervescents, et d'acculturés rationalistes et qui sont des personnalités sinon complémentaires, du moins dialectiques et bien trop opposées. Sont-ils condamnés à ne pas s'entendre, ne pas se rejoindre ? L'islam postmoderne tel que nous en parlons le permet et le commande même !
Par-delà le bien et le mal théoriques, au-delà des apparences souvent trompeuses, en allant, en leur creux, saisir une profondeur invisible à nos sens par trop réduits par nos automatismes, nos habitudes et nos préjugés, soit en n'ayant en vue que le coeur de la noble politique éclairée par une verve sociologique compréhensive, il nous permet d'être en mesure de réenchanter notre pays et même notre monde. Comment ? Si l'on sait « cesser de haïr le présent... (pour que) s'esquisse sous nos yeux un monde réenchanté, accepté pour ce qu'il est».[vi]
Pour terminer et afin de ne pas encourir le reproche de ne donner ici que des citations non arabes, comme si le savoir avait une nationalité, le génie humain n'étant qu'une unité, la seule à devoir rester absolue, je terminerai par des références bien de chez nous.
Et je citerai en premier cette tradition attestée du prophète assurant que l'islam est appelé à être continuellement rénové à l'orée de chaque siècle, ainsi que les beaux vers du poète andalou Randi sur la condition invariablement imparfaite des choses humaines. Il est encore possible, bien évidemment de citer encore les beaux aphorismes de Maarri ou les autres sommités philosophiques atteintes par un esprit aussi vif et avancé sur son temps que le fut Tawhidi, mais l'espace réservé à cet article n'y suffirait pas.



 1 - حديث شريف :
"إن الله تعالى يبعث لهذه الأمة على رأس كل مائة سنة من يجدد لها دينها"
أخرجه أبو داود (4 /  0 48) والحاكم (4/ 522 ط دائرة المعارف العثمانية). وقال فيه الزين العراقى وغيره : سنده صحيح (فيض القدير للمناوى  2/282 المكتبة التجارية).  
2 - أبو البقاء الرندي 
        في رثاء الأندلس
                                لكل شيء إذا ما تم نقصان        فلا يغر بطيب العيش إنسان
                               هي الأيام كما شاهدتها دول          من سره زمن ساءته أزمان
                               وهذه الدار لا تبقي على أحد          ولا يدوم على حال لها شان
                               يا غافلا وله في الدهر موعظة    إن كنت في سنة فالدهر يقظان
                               ماذا التقاطع في الإسلام بينكم         وأنتم يا عباد الله إخوان ؟
                               لمثل هذا يذوب القلب من كمد  إن كان في القلب إسلام وإيمان




[i] Michel Maffesoli y a consacré son important ouvrage : L'Ombre de Dionysos. Contribution à une sociologie de l'orgie, 1982, rééd. CNRS éditions, Paris 2010.  
[ii] Titre du nouvel ouvrage de M. Maffesoli, à paraître le 13 septembre : Homo eroticus. Des communions émotionnelles, Paris, CNRS éditions, 304 pages.
[iii] Psychologie des foules, Presses Universitaires de France, nouvelle édit. 1963, rééd. 1971.
[iv] Cf. sa magistrale théorisation par M. Maffesoli, Le Temps des tribus, Le déclin de l'individualisme dans les sociétés de masse, 1988, La Table Ronde, Paris, rééd. 2007.
[v] Ainsi désigne-t-on le continent unique de l’ère primaire à l'aube de l'humanité comprenant toutes les terres émergées et qui, pendant le secondaire, se serait divisé en deux blocs donnant, au Nord, la Laurasie et, au Sud, le Gondwana.
[vi] Michel Maffesoli, Au cerux des apparences. Pour une éthique de l'esthétique, 1990, La Table Ronde, Paris 2005.

Article publié, écourté et sans les notes, sur leaders