2017 : année d’abolition de l’homophobie en islam ! Que les militants maghrébins proposent ce projet de loi : en Tunisie (en arabe, en français) et/ou au Maroc (en arabe, en français) !

Mon manifeste d'amour au peuple 2/3
 




Mon manifeste d'amour au peuple 3/3


ISLAM POSTMODERNE








Accès direct à l'ensemble des articles منفذ مباشر إلى مجموع المقالات
(Voir ci-bas انظر بالأسفل)

jeudi 10 janvier 2013

Pour l'amour du peuple 6

Mon manifeste d'amour au peuple (1/3) Pourquoi j'adhère au CPR ?


Un insularisme principiel :

    En cette période festive célébrant l'anniversaire du Coup du peuple, j'ai choisi de faire un acte politique majeur, rompant avec ma liberté sacro-sainte de ne relever d'aucun parti pour rallier le CPR, auquel je viens d'adhérer. Et cela malgré mon attachement toujours vivace à mon indépendance d'esprit, que je tiens certainement de mon origine insulaire; un insularisme principiel, en quelque sorte.
    Pour tous mes fidèles lecteurs, ici et ailleurs, j'ai estimé de mon devoir de leur exposer les motifs de ce choix à haute valeur tout à la fois symbolique que pratique, et que j'ai fait bien plus par devoir civique que pour une commodité personnelle ou une quelconque visée privée ou publique.
    Je dois même avouer que cela a fait suite à une longue hésitation au nom de mon souci d'éviter la moindre confusion de genres et d'amalgames. En effet, ayant dès la Révolution demandé la levée de l'injustice qui m'avait été faite par l'ancien régime à cause de mon combat pour les valeurs à l'intérieur même de l'Administration, je ne voulais pas la moindre interférence entre cette démarche et une option politique de ma part, même si j'ai toujours fait état de mes idées politiques, invariablement marquées par l'amour du peuple et le service exclusif de ce que je considère être son intérêt.
    Mais jugeant que la situation du pays est à un tournant dont je supputais les prodromes en sociologue compréhensif ayant appris à écouter l'herbe pousser, et que les derniers événements de Kerkennah, mes îles natales, sont venus confirmer,*1* j'ai estimé que le temps n'était plus à la tergiversation, l'intérêt du pays s'imposant à toute vue d'ordre privé. Quand l'intérêt du pays commande, tout le reste n'est que luxe et vanité.
    C'est que le temps est favorable aux intransigeants, aux intrigants, aux appétits de pouvoir, et d'aucuns y trouvent leur compte pour faire carrière. Pour lutter contre l'hydre de la dictature à têtes multiples qui menace de revenir en Tunisie, il est nécessaire que les centres de contestation civique restent multiples et se renforcent, faisant obstacle à toute pensée unique, en tous domaines, afin que continue à souffler l'air de la liberté en ce beau pays qui aime la vie. Et la première des libertés est celle de la confrontation des idées, du débat et de la contestation à laquelle tout un chacun ne doit pas hésiter de prendre part.  

Être Cid !

    Aujourd'hui, la situation au pays est toujours grosse du meilleur comme du pire; et le peuple est désormais dans l'attente de ce choc politique majeur en mesure de pallier aux gestes qui ne sont pas venus et qui ne viendront plus en termes sociaux et économiques.
    C'est d'un Armageddon qu'à besoin l'élite politique actuelle pour espérer retourner la situation et refaire pousser l'espoir.*2* Car le peuple a besoin de rêver de nouveau, quitte à ce que cela paraisse relever de l'illusion, pour reprendre confiance et croire à nouveau en des lendemains qui chantent.*3*  
    J'ai déjà dit, il y a quelque temps,*4* que je voyais au parti du président provisoire de la République, malgré ses divisions à l'époque, une potentialité réelle de progression, et je maintiens ici cette analyse avec la réserve suivante : que Marzouki reste fidèle à sa véritable force contre vents et marées, à savoir ce qu'il a toujours été, soit être ce Cid, combattant pour les valeurs.
    Or, quand on sait à quel point un homme ou un parti peut changer au contact du pouvoir, pareille remarque ne peut que s'imposer et nécessite d'être constamment rappelée. Tout bon sociologue sait d'ailleurs, par instinct, que toute institution se corrompt fatalement et corrompt ses serviteurs quand ses intérêts vitaux (ou supposés tels) en viennent à être menacés.
    J'ai déjà dit au président dans une lettre publique que je lui gardais ma confiance alors que ses plus fidèles amis le lâchaient justement.*5* Cette confiance lui reste acquise, sauf surprise que recèleraient les jours à venir; or, on ne doit jamais préjuger de ce dont est fait le futur des hommes qui est aussi imparfait, toujours perfectible, que la nature humaine ! En manifestation de ma totale confiance actuelle, je me propose de militer au sein de son parti (ou ce qu'il en reste) pour nos valeurs communes.
    Je le fais d'autant mieux que l'on parle du noyautage du CPR par des cryptonahdhaouis, dans le cadre de cette stratégie désormais avérée d'Ennahdha de vouloir s'assurer durablement des leviers du pouvoir en infiltrant toutes les instances de ses concurrents comme de ce qui pourrait lui servir de support au pouvoir ou conforter sa stratégie de longue haleine.
    Or, le combattant pour les valeurs qu'est Moncef Marzouki mérite bien mieux que de voir son parti vidé de toute âme par des militants qui ne partageraient pas ses convictions, comme sur la question symbolique de la peine de mort, par exemple. Or, l'unanimité est bien loin d'y être acquise ! 
    J'adhère donc en gardant mes convictions et en militant pour elles, car elles priment toute appartenance. Ainsi, diplomate au service de l'Administration de la dictature déchue, je n'ai pas moins servi autant que j'ai pu — et sans compromission aucune — ma communauté en France et les valeurs universelles des droits de l'Homme, et ce jusqu'au moment où il m'a fallu choisir entre mes valeurs et la soumission aux turpitudes du régime. Et bien évidemment, je n'ai pas hésité un instant à sacrifier ma carrière diplomatique à mon combat pour les valeurs.
    Pareillement, aujourd'hui, si j'adhère à un parti, au pouvoir qui plus est, même si sa marge de manoeuvre reste limitée, c'est pour servir encore mieux ces valeurs; mais jamais pour me servir. Et justement, le fait que la marge de manoeuvre de ce parti soit réduite est ce qui me motive. Car, comme dit le grand poète français : À vaincre sans péril on triomphe sans gloire.*6*
    Et pareil challenge n'est que plus beau à relever pour la raison signalée plus haut sur l'infiltration du parti s'ajoutant à ses récentes déchirures. 

Audentes fortunat iuvat :

    Aujourd'hui, le risque majeur qui guette nos élites politiques, le CPR y compris (ce qui a été pour une bonne part dans la défection de certaines de ses figures historiques), est dans cet écart pris sans s'en rendre compte avec l'imaginaire populaire. C'est bien connu, la présence au coeur du pouvoir distend le rapport avec l'esprit de la politique, qui est de faire d'une utopie assumée le nerf de la guerre. Ce faisant, l'homme politique néglige l'âme même de son peuple et son inconscient bien présent dans les manifestations de sa vie quotidienne sous forme codée qu'il faut au politicien talentueux réussir à déchiffrer. Or, plus personne, de nos jours, ne nie l'importance de l'imaginaire !
    Si je me permets un conseil au CPR que je rejoins armé de mes convictions, c'est de ne pas chercher à la place où il a été porté par le peuple, donc à la tête de l'État (et ce même si son statut reste rabougri, et à cause justement de cela), de se couler dans la norme au point de diluer son breuvage. Qu'il n'oublie surtout pas qu'à trop vouloir être dans la norme, on ne fait que relever d'une normopathie ! Aussi, s'il doit prendre garde à un danger, c'est bien celui du diktat du principe de réalité qui est par trop réducteur, ne rendant compte du réel que caricaturalement et non pas tel qu'il est, allant jusqu'à le déformer.
    Je ne doute nullement de l'attachement vif et vivace du Président et de ses conseillers à leurs valeurs d'origine, mais je reproche à certains de ces derniers ainsi qu'à nombre des militants actifs du parti — et ce pour avoir discuté franchement avec les uns et les autres — de n'oser pas aller jusqu'au bout de leur logique.
    Est-ce à dire être jusqu'au-boutiste, alors que le jusqu'au-boutisme est inefficace en politique? Que nenni! il s'agit tout simplement de leur part de cette idiosyncrasie tunisienne qui consiste à une faculté d'adaptation excessive; non pas tant par conformisme que par sagesse. Il s'agit de cette sagesse consistant à afficher l'accessoire pour se préserver l'essentiel.
    En l'occurrence, l'accessoire est le conformisme public, ce fameux principe de réalité ou réalisme, alors que le principal est la liberté de prétendre à son originalité en privé en toute quiétude. Il va de soi qu'il s'agit ici d'une mentalité qui s'est construite avec le temps, une faculté d'autodéfense sécrétée par les siècles de dictature et d'embrigadement mental auquel l'esprit arabe musulman a été soumis.
    Aujourd'hui, à la faveur de la révolution tunisienne, il faut savoir se libérer de pareil terrorisme psychologique. Il nous faut, surtout les femmes et les hommes politiques, oser dire les choses telles qu'elles sont et ne plus hésiter à aller à contre-courant de la pensée dominante et lénifiante, car quitte à être marginal, on reste ainsi original et sincère. Et l'honnêteté est la plus grande qualité en ces temps de simulation et de dissimulation. De plus, comme le dit le célèbre hémistiche de Virgile : « Audentes fortunat iuvat ».*7*
    Cela est d'autant plus vrai que je propose de faire de ce vers de Lamartine notre devise politique : « Le réel est étroit, le possible est immense ».*8* Car lorsque l'impossible est possible grâce à une politique imaginative et volontaire, compréhensive et magnétique, alors c'est le réel, en son entièreté, qui est immense aussi. N'oublions jamais, à ce propos, ce qu'assurait le grand Martin Heidegger : « Au-dessus de la réalité, il y a la possibilité » !

Du magnétisme en politique :

    Il est patent que le peuple arabe, et le nôtre en particulier, en son inconscient des profondeurs, est attaché à l'originalité et est à la quête, surtout, de la parole vraie, authentique; celle qui part du coeur. Et bien évidemment, ce qui part du coeur va droit au coeur !
    Ainsi que je l'ai déjà affirmé, et contrairement à ce que l'on croit communément, notre société est bien loin d'être conformiste, sinon juste en apparence. Aussi, à qui sait aller justement au creux de ces apparences, donner leur part aux élans du coeur, au meilleur en soi, c'est de merveilles qu'il trouvera fait le tissu social.
    J'estime avoir assez développé les principes et les valeurs pour lesquels je continue mon combat tout au long de mes articles ici et durant mon exercice diplomatique ou actuellement dans le cadre de mes recherches universitaires, ou encore dans ma vie privée. Je les ai résumés en une méthode que je propose comme une thérapie alternative à une prise en charge humaniste de l'Alzheimer, cette soi-disant maladie, sous le nom de bécothérapie. Et je connais parfaitement bien ce vieillissement cérébral problématique pour avoir longtemps accompagné ma mère qui en était atteinte et y avoir consacré un essai.*9*
    Or, je crois que notre société, et non seulement certains de ses vieux, illustres ou non, souffre de pareil Alzheimer, politique cette fois-ci,*10* faute de classe politique de talent pour la faire rêver et réaliser ses rêves, faute d'imagination au pouvoir pour faire une politique d'enchantement et, tout simplement, faute d'amour pour le peuple qui fait possible de l'impossible et qui se traduit dans l'empathie sincère et totale jusqu'à la fusion entre la société et ses représentants.*11*
    Aussi, je me propose de continuer à m'adonner à ce que je n'ai cessé de faire, mais désormais au niveau public quand cela se limitait jusqu'ici à une dimension privée. Et ce sera au sein d'une formation que j'ai jugé la plus proche de mes valeurs.
    Car si je fais de la politique au sein du CPR, c'est bel et bien en homme libre, attaché davantage à ses valeurs qu'à toute appartenance; la seule à laquelle je crois étant de faire partie de ce peuple fier et vaillant que nos politiques ont souvent à prendre de haut, sinon à violenter.
    Et le modèle que je propose aux politiques de mon pays et dont je fais en tout cas la devise de mon action militante est ce que je qualifie de pratique magnétique dans le cadre d'une politique compréhensive.*12* Elle traduit cette similitude qui doit caractériser la relation à établir entre le peuple et ses élites politiques avec le rapport s'établissant entre le magnétiseur et le somnambule.
    En effet, du fait du rapport intime à entretenir avec le peuple, il y aura nécessairement une existence agrandie*13* dans la vie politique, le politicien devenant un aventurier des temps modernes, osant bousculer les idées reçues, parcourant inlassablement le paysage social et mental de son pays à la recherche de ce sens supposé introuvable, et qui végète dans l'inconscient, ou cette parole tellement belle quand elle est libre, mais qui est encore muette, en attente de retrouvailles avec sa légitimité, et la sienne propre pour commencer. 
    Si le politique tunisien a un rôle à jouer dans la société de la Tunisie Nouvelle, il ne peut être que celui d'aider à éduquer les innombrables facultés qui y sont bel et bien présentes en friche afin de les incorporer à la vie consciente, insufflant aux fonctions mentales conscientes, par un discours sincère et courageux, l'immédiateté de la vie des instincts.
    Or, en notre société, mais aussi dans cette ère des sens que nous vivons, les instincts sont débridés.*14* Et ce thème, faut-il le rappeler, a eu une grande postérité chez Nietzsche et chez Freud, sans parler de Jung.
    Je reviendrai en détail dans le second opus de la série sur les aspects de cette politique magnétique relevant de cette empathie avec le peuple qu'est la politique compréhensive, la seule possible demain non seulement en Tunisie, mais dans le monde entier. En cela aussi, le coup du peuple en Tunisie aura été précurseur d'une véritable révolution dans la pensée politique.*15* 
    Limitons-nous ici à rappeler ce que disait Gaston Bachelard : « Il n'y a de science que du caché ». Notre action sera donc forcément scientifique qui, continuant l'oeuvre théorique engagée ici, n'entendra que donner accès, moyennant les procédures propres à la politique, à ces figures de l'être tunisien dissimulées sous la croûte d'apparences trompeuses, allant en leur creux avec pour seule arme une raison sensible.*16* Car la vie collective en général, et celle de notre société en particulier, déborde nos certitudes et surtout celles issues du cartésianisme d'une Modernité désormais éteinte, le paradigme dont nous relevons étant celui de la postmodernité, cette alchimie de l'archaïque et du fashionable.
    Et cela est valable pour tous les aspects de la vie, y compris psychique. Écoutons ce que nous dit C. G. Jung en ce domaine : « Notre âme, comme notre corps, est composée d'éléments qui tous ont déjà existé dans la lignée des ancêtres. Le "nouveau" dans l'âme individuelle est une recombinaison, variée à l'infini, de composantes extrêmement anciennes ».

En crise, la Tunisie?

    La pensée politique exige donc, comme la pensée scientifique, pour citer encore l'inévitable Gaston Bachelard, « une épistémologie non cartésienne » devant être « par essence et non par accident, en état de crise. »*17* Je l'ai déjà dit, la crise ne doit plus être comprise comme une catastrophe, mais un moment de passage d'un état à un autre.*18* Dans la vie des hommes, la crise de l'adolescence est nécessaire pour devenir adulte; il en va de même pour les États et les nations.
    Or, si la Tunisie est en crise de nos jours, c'est salutaire; cela accompagne sa transformation radicale par le passage d'un ordre des choses dépassé à un nouvel ordre meilleur. Et bien évidemment, cela ne peut se faire sans remous et soubresauts, les tenants à l'ordre ancien cherchant à le défendre, car sa disparition signifie leur propre mort. 
    La marche héroïque du 17 décembre au 14 janvier est contrariée par la reprise en main à la fois politique et institutionnelle qui n'épargne rien, surtout pas les corps structurés. Aussi, c'est dans les corps déstructurés, informels que réside l'espoir, ou encore chez les électrons libres à l'intérieur de ces corps, militants idéalistes des partis, visionnaires des associations et francs-tireurs de la société civile.
    L'expérience humaine le prouve abondamment, de curieuses déformations de la réalité surgissent régulièrement lorsqu'un paradigme est en train d'être remplacé par un autre. C'est à quoi l'on assiste aujourd'hui, en Tunisie et dans le monde.
    Pour se rassurer, qu'on se rappelle que c'est bien avant l'aube que la nuit est la plus noire. Qu'on se dise aussi que seul l’homme authentique opère des choix décisifs et que chaque génération doit réécrire l’histoire, sa propre histoire, ce qui suppose toujours un remplacement radical et inévitable de toute ontologie dépassée. C'est le cas de la nôtre, arabo-islamique qu'il nous faut, non pas répudier, comme le dont d'aucuns, mais réinventer sans rien y renier de fondamental. Nous y reviendrons.*19*
    Disons encore ici que dans pareil travail, tout autant qu'il nous faut être attentif à l'utile, au réel, au vrai, il nous faut prendre conscience de l'utilité de l'inutile, être attentif à ce qui semble relever de l'illusion et du faux, ce qui semble être une erreur. Descartes, qui reste d'actualité en ce domaine pour le moins, disait que le propre de l'erreur est d'ignorer qu'elle est erreur; et nous ajouterons volontiers que l'illusion est de croire illusoire la vérité canonique de demain, encore anomique aujourd'hui. D'où il nous faut aussi être conscients de l'illusion de sous-estimer l'illusion et sa capacité créatrice, y compris en termes de rêves.  
    Rappelons, à ce propos, qu'il n'y a qu'en mathématiques qu'on peut prouver une impossibilité, les sciences d'observation, quant à elles, ne peuvent exclure a priori et doivent d'abord enquêter. Croyons donc ce que dit l'enquête scientifique ! Et la meilleure est celle demeurant ouverte aux faits, tous les faits, mais rien que les faits. Que disent donc ces faits?
    On a parlé, du temps de Ben Ali, d'une dictature souriante. Or, si la dictature est partie en Tunisie, le sourire est certes resté, mais il se fait de plus en plus rare, et il est même en train de virer en grimace. C'est que le réalisme à l'excès du Tunisien l'amène à condamner tout optimisme comme de la naïveté; alors que c'est du volontarisme, l'optimisme n'étant que du pessimisme raisonné, pour qui en connaît la valeur vraie. Aussi, loin de relever de l'idiotie, l'optimisme aujourd'hui, en Tunisie, est créateur du meilleur avenir. 
    Aujourd'hui, on a affaire à une Tunisie à quatre vitesses. Comme une pyramide inversée où la maffia qui était au sommet se serait démultipliée en plusieurs petites maffias le capellarisant, et où à la base, les petites gens exploitées et honnêtes se seraient encore plus mises à mimer les manières et les travers des gens du sommet.
    Or, cette Tunisie à vitesses quadruples, mélangeant une hypermodernité avec un hyperarchaïsme que mâtine une postmodernité réelle mettant l'accent sur la vitalité des valeurs anciennes, peut se transformer en un véhicule à quatre vitesses, tout terrain.
    Pour cela, il faut juste que le Tunisien croie assez en ses atouts, abandonnant le faux réalisme caricatural et réducteur auquel il s'attache spontanément par peur du ridicule d'être original; ce qu'il est au fond. Il pourra alors donner libre cours à son imagination, car son imaginaire est plein de rêves et d'idéaux.
    Mais le laissera-t-on faire? N'avons-nous pas, en nos politiciens, des experts dans l'art de l'insomnie, avec le but d'empêcher le peuple de rêver, afin de continuer à le contrôler et à le manipuler?
    Il faut donc amener l'élite politique à mettre l'imagination au pouvoir et donner du pouvoir à l'imagination. Et ce n'est pas hors de portée au moment où la science a prouvé la capacité de la pensée à produire des effets sur la matière : il faut juste penser positivement, contrôler nos pensées, pour faire fructifier nos actes.

Je me présente : Hached Ibn Affèn !

    Contrairement au peuple en état artificiel d'insomnie, l'élite tunisienne est bien en sommeil, car la tradition politique dont elle se réclame, aussi bien orientale qu'occidentale, est pareillement une nuit de la pensée. C'est que l'obscurité dont on avait l'habitude depuis un temps de la première a bien gagné la seconde qui est actuellement, et depuis quelque temps, en pleine phase nocturne, ce dont ne se rendent pas compte ceux qui continuent de s'en inspirer.
    Il nous faut donc sortir de notre torpeur à la vie affective en ébullition dans le conscient et l'inconscient populaires, quitter la représentation historiquement datée des rapports sociaux qui a beau se présenter comme rationnelle et qui ne reflète que des lieux communs et une vision dépassée.
    Il nous faut une politique qui soit une innovation psychologique et culturelle en même temps que sociale et économique portant à une plus haute densité l'homme tunisien tout entier, y compris son imaginaire, établir une synergie entre les fonctions supérieures de l'intelligence et l'immédiateté des sens libérés par le Coup du peuple, ce qu'on a voulu qualifier de révolution du Jasmin.
    La Tunisie attend son nouvel amant, quelqu'un de la trempe de Farhat Hached qui a osé chanter son amour au peuple. Quelqu'un qui fasse de la politique non pas pour ses propres intérêts, son ego personnel, mais pour l'amour du peuple auquel il se sacrifie. Quelqu'un qui fasse de la politique compréhensive et qui soit en rapport magnétique avec son peuple. Et ce temps est arrivé !*20*
    Je l'ai dit dans un de mes articles,*21* je ne porte pas pour rien le prénom du grand, dont je partage l'origine insulaire, pour ne pas avoir sa sensibilité exacerbée pour l'intérêt du peuple. Et j'ajouterai aujourd'hui, pareillement, que je ne porte pas sans raison le nom du troisième calife IbnAffen dont j'entends prolonger l'oeuvre de sauvegarde de l'islam authentique.
    C'est donc au service de ce peuple, comme Farhat Hached, et de cette religion magnifique comme Othman Ibn Affèn, que je continuerai mon combat pour les valeurs sans faillir. Si le CPR, avec ses militants actuels venus d'horizons divers, pense que nous sommes sur la même longueur d'onde, c'est le service du pays qui nous aura réunis; en tout cas, c'est la motivation de ma démarche partisane. À Dieu ne plaise, s'il pense autrement, le noyautage dont on parle étant par trop grave, ce sera alors et encore l'intérêt du pays qui m'en éloignera. Car honnête et sincère au service, je resterai fidèle au peuple et je reviendrai à mon insularité principielle.
    Il me reste à ajouter que si le CPR est effectivement noyauté par des militants dont les faveurs vont moins pour les valeurs de Moncef Marzouki que pour ceux du parti islamiste, il sera alors possible de leur démontrer que l'on peut militer pour l'islam aux couleurs du CPR et aux noms de ses valeurs propres, et non de ceux d'EnNahdha. En effet, ils verront que le CPR du militant des droits de l'Homme que fut — et que reste Marzouki — sait honorer l'islam originel et original, un islam postmoderne auquel j'appelle, ouvert et tolérant, ne reniant rien de ses principes fondateurs qui font son authenticité, mais ne niant absolument rien des valeurs universelles des droits de l'Homme.
    Le risque est alors grand de voir l'arme secrète ainsi utilisée contre le parti se retourner contre ses utilisateurs comme un boomerang, la pensée supposée estampillée islamiste revenant à sa source bonifiée, authentiquement islamiste selon la lecture postmoderne que je fais de l'islam.
    Ainsi, à titre d'illustration,  cette lecture me permet de soutenir, preuves à l'appui et sans la moindre contestation sérieuse des tenants du discours antique sur l'islam, que ni le Coran ni la Sunna n'interdisent l'homosexualité*22* et ne pénalisent l'apostasie.*23* 
    J'aime d'ailleurs à dire qu'en politique, il faut s'avancer les mains nues sur le terrain de qui se présente comme un ennemi; et si jamais nécessité d'usage d'armes il y a, ce sera bien de celles aux mains de l'ennemi que le vrai politique usera, les retournant contre leurs utilisateurs.
    Ainsi, contrairement à ce que l'on dit souvent, la meilleure attaque, en politique compréhensive, est la défense, mais c'est une défense qui est active et non passive, toujours militante, éclairée par des valeurs assumées. Cela ne nous rappelle-t-il pas l'islam dans l'interprétation authentique et authentifiée du rapport que doit avoir le musulman avec tout non-musulman?

Des bécots pour l'Alzheimer politique :

    Je le répète, en cette période de célébration du magistral Coup du peuple tunisien : je suis porteur d'un projet pour ce peuple, quitte à paraître pour certains islamistes un Lucifer, qui est — rappelons-le — le porteur de lumière. Et je résume ce projet protéiforme dans sa dimension spirituelle par l'expression d'islam postmoderne et, dans sa dimension idéologique, par l'Alzheimer politique dont souffre l'élite du pays, comme déjà spécifié.        
    Or, ayant longtemps pratiqué de près l'Alzheimer qui est véritablement un mythe imposé par l'empire de l'industrie pharmaceutique,*24* connaissant parfaitement cette soi-disant maladie, je propose comme meilleure thérapie pour guérir ce qui n'est, répétons-le encore, qu'un vieillissement cérébral problématique, ma méthode reposant sur la science du coeur et la culture des sentiments et que je nomme : bécothérapie.
    Bien évidemment, ma thérapie des bécots ne fait rien d'autre que rejoindre celle du grand Farhat, l'amant du peuple, et qu'il a résumée par son magnifique cri du coeur : Je t'aime, ô peuple!*25* C'est bien l'ordo amoris, cet ordre amoureux chanté de la plus belle manière par les soufis longtemps avant Max sheller et les chrétiens.
    Que les efforts de tous les enfants sincères de cette terre s'unissent donc pour dire, comme il est dit dans la Bible : Fiat lux !*26* Et qu'on y permette que s'épiphanise le meilleur de ce dont est porteuse notre religion, une foi ouverte et tolérante, confiante en ce que l'homme a de meilleur. Car l'homme reste la plus belle créature divine et, pour cela, il est sur terre, unifié en sa masse populaire par les sublimes principes d'une religion redevenue celle des Lumières, la voix de Dieu : Vox populi, vox dei, disaient les Latins.*27*
    La Tunisie de l'an III du Coup du peuple est une société postmoderne en quête de son âme, pour paraphraser le titre d'une oeuvre de Jung.*28* Pour cela, sa classe politique, outre de faire entrer l'imagination dans les allées du pouvoir et s'adonner à une politique compréhensive et magnétique, doit se retremper dans l'atmosphère populaire, retrouver ses masses, y fusionner. Exactement comme cela se passe entre un magnétiseur et son somnambule, un médium et l'esprit qui vient l'habiter.
    Terminons, en citant un grand philosophe et non moins grand politique, Jean Jaures pour qui les phénomènes de la lucidité somnambulique indiquent une extension virtuelle de la pensée, insoupçonnée jusque-là : le moi serait, en droit, coextensif à l'univers : « Notre cerveau est donc à la lettre un foyer de pensée; et, de même qu'il serait puéril de réduire le soleil à n'être que le globe d'où sa lumière émane, le cerveau a l'ampleur de la sphère inconnue de nous où peut s'étendre l'action de sa pensée. »*29*


À suivre...
Prochains articles :

(2/3) — Mon manifeste d'amour au peuple : Comment je vois le politique ?
(3/3) — Mon manifeste d'amour au peuple : Pour quoi faire, la politique?

Notes :

*1*Cf. Si Kerkennah protestent... à propos des derniers incidents dans l'archipel.
*2*Cf. Cette arme magique dont on ne veut user pour gagner l'Armageddon.
*3*Cf. Rêve et insomnie en Tunisie.
*4*Cf. Pour une politique compréhensive : Réflexions sur l'imaginaire de l'actuel et du quotidien tunisiens.
*5*Cf. Lettre au Président Marzouki ou le fidèle aux libertés ne déserte pas !
*6*Pierre Corneille, Le Cid, II, 2.
*7*La fortune favorise les audacieux, Virgile, Énéide, livre X, v. 284.
*8*Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques I, 2 (L'Homme, À Lord Byron). Rappelons que Lamartine, outre le fait d'être l'une des plus grandes figures du romantisme en France, fut aussi un homme politique. Pour lui, les révolutions sont, dans une histoire en marche, le moyen divin pour atteindre l'objectif.
*9*Guérir l'Alzheimr ! Manifeste hors poncifs, L'Harmattan, Paris, 2012.
*10*Cf. L'Alzheimer politique des élites tunisiennes, de leurs amis étrangers aussi.
*11*خواطر حول مؤتمر النهضة التاسع أو نظام المحبة السياسي بتونس الانقلاب الشعبي
*12*Cf. Dix principes de politique compréhensive ou la thérapie du cœur pour l'Alzheimer de nos élites. Voir aussi : De l'utilité de la crise et de la nécessité d'une politique magnétique
*13*Comme le dit De Corbeaux dans les Archives du Magnétisme animal, tome VI, p. 30
*14*Cf. L'ère des sens.
*15*Cf. Le jasmin aussi se fane ou Pour que la Révolution ne passe pas de l'hymne au requiem !
*16*Sur la raison sensible, cf. par exemple :  Cette lumière qui est en nous, Faisons lumière de notre part d'ombre ! Après les incidents de l'avenue Bourguiba.
*17*Bachelard, Le nouvel esprit scientifique, Paris, PUF, 1975, (13e éd.), p. 166.
*18*Cf. entre autres : Considérations iconoclastes de notre temps : la crise comme avènement d'un cycle nouveau.
*19*C'est ce que je qualifie d'islam postmoderne. Cf. entre autres : Un islam postmoderne dans la Tunisie du Coup du peuple.
*20*Cf. Révolution, an III : le temps de l'amant du peuple ou retrouvailles avec Farhat Hached.
*21*Cf. Exhortation pour l'UGTT : Que ne vous guide que l'amour du peuple !
*22*Cf. mon article défintif en la matière  : في تجديد العروة الوثقى الإسلامية_2 : لا تحريم للواط في الإسلام
*23*La question est traitée dans un article qui sera publié ultérieurement.
*24*Le livre définitif sur la question est celui de Peter J. Whitehouse, avec Daniel George, Le mythe de la maladie d'Alzheimer. ce qu'on ne vous dit pas sur ce diagnostic tant redouté, Solal, 2009.
*25*Cf. أحبك يا فرحات حبك للشعب!
26**Que la lumière soit !
*27*La voix du peuple est la voix de Dieu.
*28*C. G. Jung, l'Homme à la découverte de son âme. Structure et fonctionnement de l'inconscient, Albin Michel, 1987.
*29*Jean jaures, La réalité du monde sensible, Paris, 1902, p. 356.