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samedi 10 août 2013

Du devoir-être au pouvoir-être 7

Militantisme d'antan de M. Marzouki : autant en emporte le vent ?


Le président Marzouki est-il toujours le militant des droits de l'Homme d'antan? La question s'imposait déjà après que moult interrogations et sévères critiques y aient apporté une réponse négative venant même de la part des plus proches amis. Elle n'est que plus lancinante à la suite de l'énorme déception apportée par la grâce de la fête de l'Aïd où on a relevé la surprenante absence du nom tant attendu, celui du prisonnier d'opinion Jabeur Mejri, célèbre écrou n° 57927 de la prison de Mahdia.
  Les espoirs étaient bien nourris pourtant — des promesses ayant même été faites à la famille Mejri, quoiqu'à demi-mot — que cette occasion n'allait pas être ratée par le président Marzouki pour conformer enfin sa pratique d'exercice du pouvoir à ce qui était supposé être son statut permanent de militant avéré des droits de l'Homme.
Car le droit de grâce relève bien de ses prérogatives, et il pouvait parfaitement bien en user en l'occurrence; hélas, il semble s'être encore une fois aligné sur les positions liberticides de son partenaire islamiste !
Au nom d'une conception dévergondée de la religion, le parti Nahdha n'entend pas, en effet, pardonner au jeune homme d'avoir osé blasphémer; car il n'est pas prêt de considérer le blasphème comme un pur acte de libre opinion, relevant du droit à l'impertinence qui est le fondement même de la démocratie.
Or, si cela n'étonne pas de la part d'un parti islamiste qui nous a habitués à ne bouger d'un iota de ses positions dogmatiques que sous la pression et après force tentatives réitérées, notamment de la part d'une société civile extrêmement vigilante, il ne peut que surprendre venant de celui qui fut un homme à convictions droits-de-l'hommiste.
Il est vrai que certains intimes de M. Marzouki avaient déjà dénoncé l'écart qu'il n'a cessé de prendre, non seulement avec ses combats d'antan, mais également avec les valeurs de toute une vie. Récemment encore, un proche collaborateur est venu pointer une telle dérive. Le président Marzouki ne serait-il donc plus le militant Marzouki ? Aurait-on, en sa personne, le remake tunisien de la célèbre nouvelle de Robert Louis Stevenson : l'Étrange cas du docteur Jekyll et de Mr Hyde ?
On connaît la grosse capacité de nuisance du pouvoir mal domestiqué, et surtout l'effet anesthésiant de ses délices sur nos valeurs le plus en proue de nos personnes; Capoue n'a-t-elle pas contribué amplement à la défaite d'un illustrissime général de la Tunisie éternelle ? Marzouki marcherait-il, par hasard, sur les pas de Hannibal ?
Carthage, auquel d'aucuns ont cru accoler un syndrome, semble avoir fait perdre son âme au militant Marzouki, l'amenant apparemment à tourner ostensiblement le dos à l'intuition géniale qui fut à l'origine de la création de son parti. Qualifierait-on autrement ce comportement récurrent d'alignement sur les positions antidémocratiques de son partenaire islamiste, jusques et y compris sur nombre de questions sur lesquelles il aurait pu et dû — ne serait-ce que par principe —  chercher à défendre ses vues, sinon les imposer ?
Il en est ainsi pour le cas de notre prisonnier d'opinion. Comment se pouvait-il que le militant pour les valeurs ne dise rien quand on condamne à la prison pour plus de 7 ans Jabeur Mejri dont le seul crime fut d'avoir osé soutenir des propos iconoclastes sur la religion ? J'ai déjà dit ce que je pensais de sa production insignifiante qui, bien qu'outrancière, ne méritait que l'indifférence au nom du droit à l'expression et à la liberté de conscience.[2] En tout cas, l'excès qu'on lui reproche n'a aucune commune mesure, par exemple, avec les actes de terroristes qu'on a pourtant vu la justice du régime ménager !
Jabeur Mejri, mais aussi son ami Ghazi Béji, actuellement réfugié politique à l'étranger, doivent-ils continuer à souffrir des affres d'un jugement inéquitable assimilant la libre expression d'une page insignifiante sur Facebook à du trouble à l’ordre public? C'est une bien drôle conception de la tranquillité publique qui aboutit à un dénigrement absolu de notre religion qu'on fait ainsi — malgré sa force et sa santé — redouter les futilités, elle qui a su résister et triompher magistralement de pamphlets autrement gravissimes, sérieux et plus pernicieux, sans condamner leurs auteurs ni même chercher à les harceler.
Tout au long de son partenariat au pouvoir avec le parti de cheikh Ghannouchi, le parti du président Marzouki n'a rien tenté — ou si peu — pour faire triompher ses idéaux d'origine, cette symbiose réussie entre l'humanisme de l'islam paisible et tolérant et le polythéisme des valeurs de la démocratie et des droits de l'Homme. Il a tiré fierté de quelques concessions obtenues à la Pyrrhus du parti Nahdha, alors qu'elles restaient insuffisantes et surtout équivoques. Ainsi, l'arsenal juridique liberticide est-il resté en place, servant la nouvelle équipe au pouvoir comme il servait l'ancienne dictature, tout en accentuant la répression par le tour de vis donné aux couleurs d'un ordre moral fantoche.  
On a dit le militant Marzouki, devenu président, tenir méticuleusement au soutien de son grand partenaire avec lequel il a lui-même présenté l'alliance en une stratégie inscrite dans la durée. Or, pour beaucoup d'observateurs, il est de plus en plus acquis que ce parti ne soutiendrait le Président que comme le ferait une corde le pendu. C'est peut-être exagéré, un bon général sans armée — et ce serait bien le cas de Moncef Marzouki réincarnant un moderne Ali Ibn Abi Talib — étant réduit à si peu, sinon à rien.
De plus, les arcanes de la politique semblent permettre de supputer le CPR tout autant se suffire d'être un supplétif de Nahdha que constituer un parti crypto-islamique. Ce qui ne se traduit pas nécessairement, dans les faits, par l'inexistence de militants en son sein, attachés à ses valeurs d'origine. Mais, comme les colombes de Nahdha, ils sont inaudibles dans le brouhaha entretenu par les faucons.
Avec ou sans de tels arcanes, silence et ramdam; avec un président libre ou empêché en ses convictions profondes, il n'empêche que la politique dans notre pays fait aujourd'hui de Jabeur Mejri le symbole d’une pratique liberticide du pouvoir en place, validée par le militant Marzouki qui est pourtant supposé être le premier à l'invalider, ne serait-ce qu'en termes de désolidarisation, le faisant savoir publiquement au nom des principes d'antan.
C'est, au demeurant, au nom de ces principes que j'ai appelé, au lendemain des événements d'Égypte et bien avant le lâche assassinat du martyr Brahmi, à un compromis historique à la tunisienne entre le parti du Président et le Front Populaire.[2] De mon point de vue, il était nécessaire que la fibre islamiste de l'un rejoigne l'enracinement populaire de l'autre pour faire éclore un enracinement dynamique fait d'une sorte de transcendance immanente qui n'est qu'une immanence transcendante. Il s'agit, comme disait Durkheim, parlant du rôle de la religion populaire en facteur éminent de cohésion sociale, d'un divin social, cette communion émotionnelle entre l'archaïsme et le modernisme, une communion postmoderne.
Or, on m'a répondu que les caractères des militants Marzouki et Hammami étaient incompatibles et que le CPR ne renierait jamais son alliance avec le grand frère nahdhaoui. Et voilà le succédané du compromis historique réalisé entre le Front et Nida ! Et ce fut une occasion supplémentaire de ratée par M. Marzouki de se rappeler à ses idéaux du temps des combats pour les libertés.
Aussi, dans son action actuelle pour l'actualisation de l'esprit révolutionnaire par la revitalisation de la seule véritable légitimité, celle du peuple, la société civile ne doit pas manquer, quant à elle, d'appeler à l'élargissement immédiat de tout prisonnier d'opinion et à la caducité des poursuites engagées contre les combattants pour les libertés qui font l'honneur de la Tunisie.
Car les droits et les libertés font partie intégrante de la légitimité vraie, la légitimité populaire, seule durable, et qui est aussi celle des aspirations de ce peuple à une démocratie pluraliste libérée de tout dogmatisme — religieux comme profane.  

Notes :


[1] Cf. mon article en arabe sur Nawaat : Les illusions de "L'Illusion de l'islam" 
Publié sur Leaders