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lundi 9 juin 2014

Démocratie compétensuelle 3

La raison participative en Tunisie






On sait qu'en Occident, la démocratie n'est plus simplement représentative, limitée au mécanisme électoral; elle est d'abord participative. Du moins en théorie comme solution à la crise des démocraties occidentales.

Aussi, en Tunisie, nos élites doivent cesser de relever d'un paradigme saturé des réalités politiques pour regarder celles qui sont en train de se mettre en place à la faveur du paradigme nouveau. Et nous avons la prétention de croire qu'on peut véritablement refonder la pratique politique et transfigurer la démocratie pour peu que l'on ose croire en nos capacités à innover en cessant de singer les autres qui, d'ailleurs, abandonnent leurs modèles ou les réforment.

Car le peuple tunisien est doué d'une intelligence pratique élevée et d'un sens politique très développé le rendant apte à inventer du nouveau si ses élites cessent de le prendre de haut en lui permettant de déployer son génie propre à l'échelon local.

Le terrain est fort propice pour anticiper en la matière au lieu de demeurer à la traîne. En effet, la démocratie participative existe à l'échelle locale dans notre pays, même si c'est encore à l'état embryonnaire. Jugeons-en!

L'exemple du filet de Sayada

Sayada est le cadre de la plus prometteuse des initiatives : un réseau, appelé Mesh (filet), faisant de cette ville côtière de l'est, à une quinzaine de kilomètres au sud de Monastir, la première ville en Tunisie dotée d'un réseau sans fil communautaire, donc gratuit pour tous. 
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Ce projet en cours de développement donne la possibilité aux habitants de Sayada de se connecter à un serveur local hébergeant nombre de services en libre accès. Le projet Mesh constitue un réseau wifi agglomérant des routeurs qui assurent chacun le relais à la toile dans le cas de connexion internet, garantissant une connexion de qualité.

Mais ce n'est qu'un aspect de l'utilité de ce réseau, car il fonctionne aussi hors connexion internet en assurant une liaison entre tous ceux qui y sont reliés qui leur permet de communiquer comme ils le feraient avec des appareils téléphoniques. On imagine les avantages que cette technique militaire à la base permet en termes de participation citoyenne à la vie de leur cité.

Un pareil dynamisme technologique est appelé à se généraliser dans les villes tunisiennes afin de fonder une véritable démocratie locale, seule alternative crédible et possible dans notre pays à la démocratie classique occidentale basée sur le système sclérosé des partis et le mécanisme formel des élections qui ne font que perpétuer la domination du centre omnipotent sur le reste du pays. Or, c'est une telle coupure de la ville avec la Tunisie profonde qui est le premier des maux du pays.

Une telle innovation numérique est la mieux indiquée afin d'autoriser une gouvernance locale véritable assurant une participation citoyenne réelle à la gestion de la ville grâce à une présence étoffée sur internet. Sayada dispose ainsi d'un site officiel, d'une page facebook et d'un compte twitter, autant d'éléments incontournables aujourd'hui et qui sont indispensables pour garantir une transparence dans la gestion de la cité par ses édiles sous le contrôle des administrés.

Concrètement, à Sayada, on peut par exemple consulter sur le site municipal tout ce qui a trait aux dépenses et aux recettes de la ville en plus de tout procès-verbal ayant une incidence sur la vie des habitants.  

L'exemple du budget participatif

Le réseau de Sayada s'inscrit dans le prolongement de ce qu'on appelle budget participatif, technique à laquelle adhèrent déjà en Tunisie les municipalités de Tozeur, Gabes, Menzel Bourguiba et La Marsa. Ce concept relevant aussi de la démocratie locale participative ouvre à la société civile le droit de décider des affectations du budget municipal.

Rappelons que ce concept original de démocratie directe gagne du terrain dans le monde entier depuis qu'il a été pratiqué avec succès au Brésil pour la première fois, à Porto Alegre, capitale de l’État de Rio Grande do Sul. Ce fut à la suite de l'arrivée au pouvoir aux élections municipales de 1988 de la coalition de gauche conduite par le Parti des Travailleurs. On a imaginé cette technique comme mécanisme de nature à impliquer les citoyens dans la vie de leur municipalité, leur reconnaissant le droit de participer aux décisions retenues dans le budget municipal.

Effectivement en place à Porto Alegre en 1989, le système se voulait la pièce maîtresse d’une série de mesures innovantes visant à inventer et à renforcer les structures de participation et de délibération pour la gestion publique du budget municipal et des politiques sectorielles, comme par la participation à l’élection des directeurs et des conseillers éducatifs dans le réseau des établissements scolaires municipaux.

L'exemple des Espaces citoyens

L'Espace citoyen est un autre aspect de cette démocratie locale. Véritable structure de proximité, il a pour objectif d’améliorer la relation de la municipalité avec ses administrés en termes de réactivité et d’efficience lors de l'accueil pour des services de qualité. La Tunisie en compte déjà deux, le dernier en date ayant été inauguré à Siliana le 27 mai 2014, le premier ayant été ouvert à Menzel Bourguiba en décembre 2013.

D’autres espaces sont prévus et d’ores et déjà, une dizaine de municipalités tunisiennes sont impliquées dans un programme de coopération appelé à renforcer cette dimension de démocratie participative. Il s'agit, outre la capitale, des villes de Jendouba, Sousse, Sfax, Monastir, Gafsa, Kasserine, Gabès, Jerba et Ben Guerdane.

Il s'agit d'un programme relevant de la Coopération des Villes et des Municipalités (CoMun) reliant  l’Allemagne et des villes du Maghreb, centré sur le développement urbain par l'intermédiaire de ces espaces. Outre l'accueil humain classique, un effort est particulièrement apporté pour l'accès à une palette de services virtuels par le biais de site internet facilitant pour les habitants les démarches dans divers domaines d'intérêt.

La raison participative en politique

C'est le titre de la grande manifestation annuelle de Sciences Po Aix, cette grande école de Provence, qui y consacre cette année, du 16 au 20 juin, sa dixième école d'été. Cela confirme à quel point la thématique de la participation est désormais incontournable en démocratie occidentale.

Cette matière étant appelée à être durablement d'actualité, nous offrons ci-après en téléchargement la présentation de la thématique de l'école d'été d'Aix ainsi que son programme. À signaler aussi, sur le sujet, à l'occasion de cette école, d'autres contributions sur mon blog Tunisie Nouvelle République.

Terminons en assurant qu'en Tunisie la question n'est plus de savoir si l'on passera un jour à la démocratie participative, mais quand et dans quelles conditions cela se fera?